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UNE VISION ORIGINALE SUR L'IDENTITÉ QUÉBÉCOISE

voir la Démarche de l'auteure plus bas

VUE DE L'INTÉRIEUR

par SYLVIE BERGERON

 

 

 

 

EXTRAIT

 

LE LANGAGE UNIVERSEL

 

Israël 1988. Au cœur des ruines d'un théâtre romain, nous décidons d'envahir la scène. Nous sommes venus au Moyen-Orient pour divertir les troupes militaires canadiennes. Notre groupe d'une trentaine d'artistes canadiens de toutes les provinces, danseurs, chanteurs, musiciens, jongleurs, humoristes est constitué cette année-là d'une majorité de Québécois. En cette belle journée de congé, notre guide vient de nous faire faire un pèlerinage sur les routes empruntées par Jésus, il y a 2000 ans. Un frisson de solennité nous parcourt encore lorsque nous arrivons devant les ruines d'un ancien théâtre.
 
Spontanément, nous convenons tous, presque sans nous parler, de faire le spectacle de notre tournée moyen-orientale sur les ruines. La voix de la chanteuse résonne dans l'estrade juste en face, les musiciens font des rythmes avec leur bouche, leurs mains, leur pieds, et nous, les danseurs, entrons en scène, tandis que les jongleurs se font des passes avec des balles phosphorescentes.
 
Au même moment, nous nous apercevons de la présence d'un public tout aussi spontané qui vient s'asseoir dans les gradins. Il fourmille jusqu'à la zone de confort avant de se taire totalement pour goûter à une forme d'art américain, la nôtre. Le soleil revêt subitement la scène de ses quelques rayons dorés, tel un éclairagiste inspiré. Le public ne bouge plus, décidément ravi par nos chants et nos danses. Comme quoi, la vie se fait parfois un singulier metteur en scène.
 
Le spectacle se termine par de grands éclats de rire et les applaudissements de cette foule ravie. Nous allons immédiatement à la rencontre de la cinquantaine de spectateurs dans un élan de curiosité mutuelle. Nous ne parlons pas le même langage. Les premiers contacts se font donc par le rire et quelques pas de danse. En peu de temps, nous nous sommes tous pris par la main en chantant. Un moment en parfaite homéostasie avec la petite histoire dans les ruines de la grande histoire. Comme si ce qui devait être, fut.
 
Le producteur s'est informé et nous explique que ces gens sont des Juifs russes venus pour coloniser les terres d'Israël. Nous leur souhaitons la bienvenue et eux de même. Cet échange fortuit et des plus inoubliables s'achève sur un grand cri lorsque l'une des femmes tente d'amener notre chorégraphe avec elle. La femme ne veut rien de moins que l'adopter tant elle ressemble à sa fille ! Après quelques explications, nous échangeons quelques poignées de mains avec les uns, des p'tits becs aux autres et surtout d'immenses sourires de connivence.
 
Je m'arrête un moment pour prendre le temps de respirer le fond de ce rendez-vous fabuleux. Nous sommes en train de participer, je pensai, à une rencontre de cœur sans même nous connaître et pourtant, avec un tel courant de complicité !
 
La grosse femme relâche notre chorégraphe qui revient enchantée de s'être fait enlevée. Et nous retournons dans l'autobus en agitant la main à nos nouveaux amis du monde.
 
C'est le crépuscule. Un sourire béat traîne sur mes lèvres. Jamais je n'oublierai ce moment de communication si intense, sans le concours du langage. Je me dis que c'est sans doute pour ça que j'aime tant la danse et la musique. Nous n'avons pas besoin de parler pour atteindre tout de suite l'essentiel entre les individus. Comme une communion qui s'installe dans les regards, dans le corps, et nous, nous ne sommes que les témoins d'amitiés qui vibrent dans l'espace-temps.
 
La danse et la musique sont des milieux cosmopolites où naturellement les races se mêlent parce que tout se passe au-delà des différences linguistiques. En lieu et place du langage, un fluide perceptible sous-tend les relations. C'est ainsi que je vois la cohésion d'un peuple. Un courant invisible qui passe « entre nous » et qui nous construit comme seuls nous pouvons l'être dans notre spécificité spacio-temporelle. C'est la force du matriarcat.
 
Mais il y a le langage.
 

La langue organise, rationalise, code, structure, démystifie mais aussi, insulte, méprise, juge et contraint. La parole peut donc à la fois magnifier la cohésion et couper ce fluide entre les personnes. Tout dépend de l'intention derrière les mots… C'est la faille du langage...

Lisez la suite dans le livre VUE DE L'INTÉRIEUR
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Démarche de l'auteure


À PROPOS DE SA DÉMARCHE POLITIQUE

 

La démarche de Sylvie Bergeron concernant la question nationale a débuté au cours de l'année 1995, alors qu'elle était « coach mentale » pour des athlètes élites se préparant pour les jeux olympiques d'Atlanta. Elle fut frappée par certaines plaintes d'athlètes qui revenaient d'entraînements dans le ROC (Rest of Canada), constatant une perte d'estime à chacun de leur retour au Québec. Était-ce causé par l'année référendaire ? En tout cas, le « non » gagnant semblait avoir un impact sur le moral des troupes : non seulement ces individus devaient se battre comme athlètes mais aussi comme Québécois au sein d'une nation qui ne reconnaissait pas la légitimité des revendications nationales du Québec. En 1999, Sylvie Bergeron écrit La conscience du génie québécois .

 

Depuis, toujours attentive à l'impact de la mouvance politique sur le peuple, elle a décidé de poursuivre ses recherches sur le terrain. En 2003-2004, elle fait entre autres des sondages sur la rue, pose des questions aux immigrants, provoque des situations, observe les gens interagir sur la place publique. Elle constate que, dix ans après le référendum, le français n'est plus nécessairement la langue d'usage à Montréal. Elle se demande ce qui a pu causer un recul si rapide. Une réponse s'impose parmi d'autres : le mépris des Québécois envers eux-mêmes, véhiculé par les trudeauistes, est adopté par certains immigrants qui ne se gênent plus pour imposer la langue anglaise.

 

En 2005, Sylvie Bergeron fait une conférence dans le Vieux-port de Montréal au cours de laquelle la foule s'écrie unanimement que le français est menacé au Québec. Par ailleurs, les diverses réactions du public au micro révèlent entre autres trois préjugés persistants :

 

•  Il vaut mieux être du bon bord (celui du pouvoir établi – les Anglais)

•  L'attachement à une double identité (l'illusion d'être issu de deux peuples)

•  L'anglicisation de Montréal (nécessité d'une ville cosmopolite ou sournoise assimilation ?)

À partir de ces trois axes, l'auteure constate que si rien n'est fait pour rompre avec cette dynamique insidieuse, le mépris suscité par la pensée trudeauiste laissera ses traces encore longtemps au cœur du peuple québécois, risquant de déprécier la particularité de Montréal. De ces observations, Sylvie Bergeron a publié le livre Vue de l'intérieur, la crainte de l'assimilation.

 

Au printemps 2008, invitée par la Société St-Jean Baptiste, Sylvie Bergeron présente une conférence qui devient ce livre sur l'identité : Le rayonnement du Québec .

 

L'auteure constate que deux voies n'ont toujours pas été empruntées pour la défense du Québec : l'éthique et le juridique. Ces outils identitaires d'autorité et de subtilité sont un héritage anglosaxon qui nous semble inaccessible. Si le scandale des commandites fut une vaste campagne de marketing en faveur du fédéralisme, les Québécois, eux, sont paralysés de peur à l'idée d'être accusés de confondre éducation et propagande, si bien qu'ils ne parviennent plus à protéger l'unité du peuple contre une force propagandiste Canadian ininterrompue . Ainsi asphyxie l'esprit du Québec.

 

«  Notre identité québécoise est dans les mains de neuf juges

dont la majorité sont des Canadiens anglais… » SB

 
 
Sylvie Bergeron est spécialiste de l'identité et coach d'entreprises et de personnes

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Un peu d'histoire

En 1534, Jacques Cartier prend possession du Canada au nom de la France .

1763, la France laisse tomber les colons et cède le Canada aux Anglais

1791, les Anglais s'approprient alors le nom de Canada

pour s'appeler les Canadians.

Ils divisent alors le pays en deux,

le Haut-Canada (l'Ontario) et le Bas-Canada (le Québec )

prennent notre hymne national appelé le Ô Canada

ainsi que notre drapeau à l'effigie de la feuille d'érable.

1837, refus de Londres de donner aux canadiens français

un vrai régime parlementaire

1840, la révolte des Patriotes

1848, le français est restauré comme langue officielle

1867, naissance de la confédération canadienne (entente honorable asymétrique)

qui dérivera en

1982 en fédération dont la constitution ne comprend pas le Québec !

Depuis, nous sommes aux prises avec un gouvernement qui cherche à centraliser le pouvoir à Ottawa et à reléguer le problème constitutionnel aux oubliettes, ceci ayant pour but une avancée rapide de l'assimilation du peuple québécois qui ne se défend pas contre l'anglicisation.

1960, début de la Révolution Tranquille consistant à chasser les dirigeants anglophones des entreprises par des francophones, décision chèrement payée mais qui a rendu l'autonomie du peuple en regard de sa vision personnelle.

1980, premier référendum sur la souverainté des Québécois par René Lévesque, dont la conséquence fut la riposte musclée de P.E.Trudeau :

pas de Québec dans la constitution, bilinguisme «coast to coast». Depuis ce jour, les Québécois se font acheter un à un pour se fondre dans le grand tout Canadian.

1995, dernier référendum sur la souveraineté du Québec. Le vent fort du fédéralisme a réussi à arracher le oui, malgré qu'il n'a toujours rien fait pour réintégrer le Québec dans la consitution canadienne.

2004, le scandale sur le programme du gouvernement fédéral concernant des pots-de-vins (plus hypocritement appelés commandites) versés aux Québécois payés donc pour  voter contre la souveraineté du Québec lors du référendum de 1995, démontre que les Québécois ont bel et bien été achetés par le gouvernement fédéral. Malgré cet acharnement à diviser le Québec

le résultat en faveur du non ne fut gagné que par quelques voies.

2004, les défusions municipales font la preuve que les Anglophones du Québec qui ont accepté de demeurer dans un Québec français depuis la Révolution tranquille, n'ont jamais voulu s'intégrer réellement à notre culture ni à notre langue. Ils nous ont demandé de leur laisser leurs institutions tout en revendiquant le droit d'inclure leurs artistes dans nos émissions de télévision, ce que nous avons fait. Ainsi, ils veulent bien prendre possession de nos territoires mais ils se refusent à prendre possession de notre langue et de notre culture pour la véhiculer comme valeur commune. Les anglophones nous disent aujourd'hui qu'il préfèrent s'enclaver dans leurs municipalités, qu'ils se séparent du Québec français. Pourquoi sont-ils restés au Québec après la Révolution tranquille ? Pour poursuivre avec Ottawa la lente assimilation des Français d'Amérique ?

 

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