LA QUÊTE DU DÉTACHEMENT

LECTURE PUBLIQUE

avec Normand D'Amour et Catherine Lachance

au Théâtre de la Licorne

1998

TABLEAU 1

Normand

Pourquoi souffrons-nous ? Comment se fait-il que notre âme n'ait pas de prime abord la connaissance pour entrer dans l'expérience de la plénitude ?

Catherine

Lorsque je suis aveuglée par mes énergies émotives, je ne comprends pas les clés qui construisent la vibration de mon âme. Pour comprendre ces clés et les maîtriser, je dois ouvrir ma conscience.

Normand et Catherine
Et lorsque la conscience s'ouvre, nous voyons une autre réalité.
Catherine

Le désir désaxe le mental et mène l'être dans la course vertigineuse du gain. Désirer quelque chose, n'est-ce pas le contraire du bien-être ? Le désir est insatiable et, pour ainsi dire, il est le gouffre de l'humanité, son abîme le plus profond.

Normand

Il est difficile de concevoir que le désir vient d'ailleurs quand on a l'impression de le ressentir au plus profond de nos tripes. Constater que le désir ne vient pas d'en dedans m'a créer un choc, un tourment au début, puisque c'est la preuve qu'il n'y a rien de vraiment personnel qui circule en nous. La faiblesse n'est donc pas dans la chair, mais dans le désir lui-même.
Catherine

L'ego est comme l'enfant qui est impressionné par les artifices de la fête, mais il ne sait pas ce qui est vraiment célébré. Il mange du gâteau, il tourne dans les manèges puis il a mal au cœur. Ce vertige est notre version du bonheur, cette existence de rêve que nous croyons être la réalité, puisque c'est la seule que nous pouvons voir. La quête du bonheur se résume à ceci : ne pas se préoccuper de la graine mais de la récolte. Pourtant, tout arrive toujours quand on se détache, c'est-à-dire quand on ne désire plus la récolte.

Normand

Tout sur terre est tentation pour l'ego. C'est-à-dire se mettre à croire que nous allons être sauvés... l'être ne veut pas devenir totalement responsable de lui-même. Pourquoi?

Catherine

Le désir l'affaiblit. Il en vient alors à mendier l'amour. Puis il ne donne plus rien de lui. La société de consommation de masse émousse mes désirs humains afin de pouvoir se garantir une croissance économique sans fin, alors qu'elle est incapable de reconnaître l'aspect évolutif de ma conscience. Les vies humaines sont le prix à payer pour comprendre le réel.

Normand

Comment les gens en arrivent à saper sans pitié leurs énergies vitales, sans se rendre compte que ce mensonge affaiblit notre monde toujours plus? Au nom de qui devons-nous absolument créer des besoins qui apparemment sauvegardent la croissance de l'économie? Qui bénéficie de notre sang et de notre énergie derrière les marges de profit?

Catherine
De toute évidence, ce n'est pas nous !
Normand
Le fait de désirer avoir une maison, avoir un emploi dans notre société fait paraître normal, ... Toutes les âmes n'ont pas besoin de vivre l'expérience d'avoir un emploi stable, d'être propriétaire ou de devenir riche !
Catherine

Les choses ne peuvent pas se transformer sans une réforme profonde de l'individu. Les gens ne prennent pas le temps de rétablir le contact avec la totalité d'eux-mêmes parce que ce travail n'est ni valorisé ni reconnu dans notre monde. Il semble qu'une conspiration pousse les humains à revendiquer leurs moindres efforts au point que personne ne veut plus donner de lui-même à moins d'être reconnu par les autres.

Normand
Nous sommes à l'heure désagréable de semer les graines d'une conscience plus grande et ce travail ne paraît pas.
Catherine

Pourtant, c'est bien à travers la conscience que chacun peut trouver son identité réelle, celle qui nous relie, malgré toutes les différences apparentes, à l'origine universelle de notre sang.
 
 
TABLEAU 2
Normand

Le désir... la porte d'entrée de son désert, nécessité initiatique. On n'a pu mieux choisir pour forcer l'humain à vivre son destin que de tenter un certain diable intérieur. Ce diable n'étant rien d'autre que le mouvement du pendule qui nous mène du désir à la peur, de la peur au désir. Le diable, c'est le fait de croire que la vérité se trouve d'un côté du pendule. Le diable, c'est croire qu'on a le pouvoir sur son destin, que l'on peut dominer le monde parce qu'on possède cette vérité. Le diable, c'est l'illusion de croire que cette vérité nous donne la certitude, et que cette réponse est notre salut. On se croit sauvé, au-dessus de nos affaires, jusqu'à ce que la vie, qui est le mouvement du pendule, nous conduise vers l'autre bout du balancier. Alors on devient confus, quelque chose nous échappe; les rennes de notre destinée n'étaient donc pas entre nos mains?)

Catherine

Désir et peur, peur et désir, désir et peur... Le désir engendre la peur, la peur engendre le désir. Est-ce que l'humain désire avant d'avoir peur ou bien il désire parce qu'il a peur? Peu importe la conclusion, il demeure que l'exploration des désirs et des peurs nous mène à saisir qu'au centre du pendule se trouve la clé de la liberté permanente. Le désir fait contrepoids à la peur. Tantôt l'un tantôt l'autre aliènent l'individu, car ces émotions l'attachent à l'espoir d'être sauvé. Plus il s'attache, plus il désire, et plus il désire, plus il a peur; peur qu'on lui enlève ce qu'il souhaite. Parvenir à ne plus subir le mouvement du pendule permet de rester neutre en toutes circonstances. Dans cette intemporalité, il n'y a pas de vérité, pas de mensonge, pas de salut, pas de joie et pas de peine. Le désir et la peur ne sont pas des attitudes justes.

Normand

Les gens ne savent pas comment parler des forces invisibles et puissantes de l'humain parce qu'ils ne sont pas sortis des peurs de l'inconscient collectif. Quand un être sort du troupeau, il n'a pas d'autres choix que de développer sa force intérieure. À travers l'exercice de se détacher, il exorcise ses peurs et ses désirs.

 
 

TABLEAU 3

Catherine

Le destin, c'est le parcours obligé sur lequel l'être apprend à ne plus subir les effets du désir, à ne plus corrompre sa conscience.

Normand
L'être est continuellement testé par le destin.
Catherine

La plupart du temps, nous cherchons notre salut ailleurs qu'en notre destin. Nous cherchons le coupable ou la bouée de sauvetage, nous souhaitons être allumé par un projet, par un spectacle, par une femme ou par un homme, même par l'ambition de devenir dieu ou un élu; toutes les formes de manipulations sont permises pour se faire croire que nous serons enfin sauvés, enfin heureux.

Normand

Quand la vie m'a a assez chaviré, je n'ai plus cherché ni à gagner ni à perdre... Je n'ai plus le goût de rien, même pas celui de l'amertume. Je me sens en deuil profond du désir. Je sais..., il n'y a qu'une chose à faire : attendre qu'autre chose que le désir m'allume de vitalité.

Catherine

Mais nous ne savons pas attendre cette étincelle, parce qu'à ce moment-là, la vie est plate. Tant que l'être a de l'espoir, il recommence dans les mêmes termes le contrat qu'il a signé avec l'adversité. Lorsqu'il commence à réaliser qu'on se moque de lui, il se voit abusé. Il devient frustré puis il considère l'espoir comme de la naïveté. De la frustration, il n'y a qu'un pas pour qu'il s'écrase ou pour qu'il se fâche.

 
TABLEAU 6
Normand

La terre n'a jamais porté autant de gens qui s'éveillent devant leurs possibilités, qui s'émerveillent devant leur côté sacré. Chacun peut devenir pour et par lui-même la parole du Tout-Puissant. Si la naissance de nombreux maîtres de l'énergie s'accroît, c'est qu'il est donc permis de révéler les clés de cette maîtrise à un nombre plus vaste. Tout cela pour nous montrer qu'il n'y a pas d'Élus. Il y a simplement une race qui se construit une conscience.
Catherine

La connaissance de la tradition contient la sagesse qui permet de cultiver l'essence de vie dans notre royaume terrestre, mais elle doit être intégrée de manière individuelle. Ainsi, le sens du sacré reflète la capacité de l'humain à respecter l'environnement mais il ne le sort pas de sa misère tant que l'idée d'un être supérieur fait ombrage à sa conscience créative individuelle.

Normand

En abolissant dans notre conscience le désir de monopole de la science et de la tradition, nous sommes conduit à ouvrir nos yeux pour assumer par nous-mêmes les énergies cosmiques et apprendre à les maîtriser.
Catherine

Une science qui anéantit l'aspect sacré, qui aseptise l'essence de tout produit ne comprend pas les lois de l'énergie planétaire et met le monde en péril.

Normand et Catherine

Tous ceux qui gardent le monopole des sphères de connaissances de la science ou de la tradition, tacitement ou non, affaiblissent l'humanité.
Catherine

Mettre l'individu face à lui-même, c'est la seule façon de changer le monde, non dans les principes mais bien dans les faits.

Normand

Il n'est plus question d'aller aux Indes pour prétendre se rencontrer dans un «ashram» ou simplement de parler à un Dalaï Lama pour se sentir plus sage. Il s'agit d'apprendre à incarner la totalité de ses énergies, à devenir maître du feu dans son milieu de vie personnel et professionnel, dans le brouhaha de la vie moderne à l'intérieur de soi, sans modèle. Et c'est là, la clé d'un changement réel face à nos habitudes de consommateurs sans conscience. Ce sont les nouvelles bases d'une société en plein éveil face à ses capacités d'amour et devant la réalisation de son dessein réel, celui de bâtir une conscience capable de devenir le temple de la perfection.

Catherine

Ceux qui reçoivent des révélations sacrées de nos jours sont des gens simples et ouverts de cœur et de conscience, peu importe leur niveau d'éducation, leur statut social. .
Normand

Se détacher de la quête rend l'humanité libre de son rôle d'itinérante de l'univers et lui permet de couper une fois pour toutes le cordon de sa misère. Pour toucher à cette liberté, chacun doit ouvrir le cœur et les yeux pour constater en toute humilité et sagesse que la terre est un vaste laboratoire où chacun est libre d'étudier sa conscience. Comprendre ce destin commun est une preuve d'amour profond à l'endroit de l'humanité.

Catherine

Du fait qu'un seul individu se laisse vivre son destin, pour en découvrir l'équilibre au centre, une réforme peut commencer à s'implanter sur la conscience planétaire. C'est dans cette mesure que l'individu peut affirmer qu'il change réellement le monde.

Normand

Un par un, les êtres s'illuminent, comme une étoile au firmament. Un à un, les êtres se transforment par amour pour eux-mêmes.

Catherine

Les individus apprennent à traverser le mur qui les sépare de leur nature lumineuse pour éventuellement apporter ce rayonnement à l'humanité.

Normand
Et c'est en cela que réside toute l'importance d'un seul individu.
Catherine
Et c'est en cela que réside toute l'importance d'un seul individu.
FIN
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